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  • L'équipe LIONS

Pour ou contre l’intérim dans le notariat ?

Mis à jour : oct. 1


Faut-il avoir recours au travail temporaire dans le notariat ? Pour en savoir plus, nous avons interrogé deux notaires aux visions radicalement opposées.

Pour le premier : oui, mais de façon conjoncturelle, exclusivement en cas de pic d’activité.

Pour la seconde : oui, il faut faire appel à des intérimaires du notariat de façon structurelle, sans la moindre modération.


Voici les minutes de leur débat :


LIONS – Comment avez-vous vécu la crise sanitaire en matière d’emploi et de télétravail ?


Maître B. – Pendant le confinement, l’activité était évidemment très limitée et nous avons dû recourir dans notre Étude à du chômage partiel pour certains collaborateurs qui ne pouvaient pas travailler à distance. Pour les autres, nous avons pu tester pour la première fois le télétravail. Ça a été un peu compliqué à mettre en place, mais je dois dire que ça s’est plutôt bien passé. Paradoxalement, ça a renforcé l’esprit d’équipe car la situation nous a incités à réinvestir dans le management et la communication interne.


Maître G. – Ma collaboratrice salariée a continué à travailler à temps plein, sans interruption. En revanche, je n’ai pas renouvelé les contrats des deux intérimaires que j’employais. J’attends la reprise avant de refaire appel à du travail temporaire.


LIONS – Vous voulez dire qu’en temps normal vous employez des intérimaires… en permanence ?


Maître G. – Pas vraiment. Le droit du travail est très clair en la matière et je le respecte à 100%. Mais c’est vrai que j’ai intégré le travail temporaire à mon organisation RH et à mon business-model. Ces notaires intérimaires, je les appelle les “notairimaires”. Certains sont des juniors qui planchent pendant quelques semaines sur des dossiers que ma salariée ou moi n’avons pas le temps de prendre en charge directement. Certains sont de véritables pointures dans leur domaine et interviennent sur des sujets que je maîtrise moins. C’est un peu comme faire appel à des consultants externes.


Maître B. – Je vous avoue que je trouve cette pratique un peu choquante. Je suis peut-être un peu de la vieille école, mais pour moi un collaborateur ne doit pas être un freelance. Je ne souhaite pas appliquer dans mon Étude le modèle des entreprises aéronautiques, où certaines équipes sont quasi-intégralement constituées de prestataires externes fournis par des sociétés de services.


LIONS – Donc vous ne faites jamais appel à des intérimaires ?


Maître B. – Ce n’est pas ce que j’ai dit. Il nous arrive, ponctuellement et avec parcimonie, de contacter des cabinets de recrutements spécialisés pour renforcer temporairement notre Étude, en cas de pic d’activité non anticipé, lorsqu’un dossier complexe nécessite une équipe renforcée ou pour remplacer un congé maternité.


Maître G. – Je me permets juste une petite remarque. Au début de ma carrière, j’ai travaillé comme notaire assistante puis comme notaire salariée pour une grosse Étude. Et je peux vous affirmer qu’on avait besoin de renfort quasiment en permanence. Tout le monde était surmené. Les associés nous faisaient bien comprendre qu’ils ne pouvaient pas se permettre de recruter parce que c’était trop risqué, etc.


Maître B. – Mais c’est la réalité !


Maître G. – Et je ne la conteste pas. Je dis juste que ce serait plus sain, plus honnête et plus avantageux pour tout le monde d’en finir avec le tabou des collaborateurs externes.


LIONS – Vous ne craignez donc pas une forme d’ubérisation du notariat ?


Maître G. – Absolument pas. On emploie cette expression à tort et à travers. En réalité, beaucoup de notaires choisissent délibérément de travailler comme intérimaires, notamment pour concilier vie privée et vie professionnelle. Et franchement ça nous rend bien service quand on se retrouve au pied du mur et qu’on n’arrive plus à absorber la quantité de travail.


Maître B. – Personnellement, je crains une forme de dégradation du statut de notaire. Je ne suis pas favorable à une libéralisation sans limite du notariat. Sur ce sujet, je suis 100% en phase avec le Conseil supérieur du notariat.


Maître G. – Rassurez-vous, je ne défends pas du tout une libéralisation à outrance. Je trouve juste dommage de se priver de talents externes, au moins pour des missions précises, spécifiques, quand bien même ces missions dureraient six mois ou un an. On fait bien appel à des comptables externes, à des informaticiens externes… Regardez les avocats : sur certaines affaires, ils s’unissent à des confrères ou consoeurs qui ne font pas partie de leur cabinet.


Maître B. – Ce n’est pas ma vision des choses, désolé. Je préfère m’en tenir à une organisation classique de notre Étude. L’intérim dans le notariat doit rester l’exception. Ce n’est pas un “tabou”, comme vous dites, mais c’est une solution de secours, rien de plus.


Maître G. – Je vois plutôt ça comme un nouveau modèle d’organisation et de développement pour les Études notariales. Pouvoir travailler avec des talents sans avoir à prendre le risque de les recruter, ça ne signifie pas tirer un trait sur le droit du travail, ni remettre en cause le statut des notaires.


Et vous, dans votre Étude, est-ce que vous avez recours au travail temporaire ? Ou peut-être envisagez-vous de devenir vous-même intérimaire du notariat ?

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Fait avec ♥ à Paris par Equipe LIONS 

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